lucia diris

artiste peintre

« il s’agit de laisser surgir, par le mouvement et dans la profondeur des couches de sédimentation de la couleur, la stupeur, le ravissement de l’oeil, l’émotion fragile d’exister »

En vitrine

Je peins pour voir. C’est entrer dans un lieu mystérieux de soi et de ce qui vit, un bain du regard, un dévoilement.

Que le geste pictural s’initie d’une saveur de lumière ou à la contemplation d’un espace, dans le fracas aujourd’hui sans bords de la catastrophe planétaire ou à l’écoute des aventuriers du Son (musiciens, poètes) où vient s’écrire et résonner la dynamique graphique, il s’agit de laisser surgir, par le mouvement et dans la profondeur des couches en mouvement de la couleur, la stupeur, le ravissement de l’oeil, l’émotion fragile d’exister.

Peindre est au coeur de mon geste de création. Toutes mes pratiques d’art visuel l’ont nourri, l’irriguent encore, sans cloisonnement : le dessin, mon métier à tisser, le graphisme, qui m’a donné le sens de la composition, la photographie, l’instantané de la sensation visuelle qui devient souvent une couche d’écriture invisible du tableau, l’aventure cinématographique de colorimétrie, d’éclairage, d’animation dans les films d’aurélien réal, où s’affinent le modelage de la lumière et le nuancier de la couleur, jusqu’à l’exploration nouvelle de l’encaustique et de la céramique, deux arts du feu dans la matière somptueuse de la cire d’abeille, où se révèle par fontes successives l’intensité presque transparente du pigment, et le socle brut de la terre, l’argile, où se retrouvent le geste ancestral de la gravure et la profondeur picturale de l’émail.

Tout est pour le moment où la lumière paraît, parvient, dans la perte même de la quête, du fond de je ne sais pas. J’ai toujours peint pour approcher le silence. Aujourd’hui c’est un chant qui surgit, pour la terre en péril, pour trouver dans le deuil une autre tendresse, ou simplement pour honorer l’émotion du vivant.

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